Bordeaux impose à l'isolation des contraintes que peu de villes cumulent. Le centre historique, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre du « Port de la Lune », place une grande partie des façades sous l'œil des Architectes des Bâtiments de France : toute isolation par l'extérieur visible depuis l'espace public y est encadrée, voire refusée. Concrètement, sur une échoppe ou un immeuble de pierre blonde du secteur sauvegardé, on bascule souvent vers une isolation par l'intérieur (ITI) pour préserver la façade classée, l'ITE restant réservée aux constructions plus récentes des quartiers périphériques (Caudéran, Bacalan, rive droite). Ce préalable patrimonial change tout : avant même de chiffrer un chantier, il faut savoir si la façade est visible depuis la rue et donc soumise à l'avis de l'ABF.
Le second enjeu est la pierre calcaire tendre du bâti ancien : elle est ouverte à la vapeur d'eau. Coller un isolant étanche côté intérieur sans frein-vapeur adapté piège l'humidité dans le mur et fait remonter le salpêtre. Un isolateur sérieux raisonne donc « paroi perspirante » et privilégie des systèmes gérant la migration de vapeur, d'autant que le climat océanique bordelais est franchement humide. Cette même humidité rend la ventilation indispensable : isoler sans soigner la VMC, c'est risquer la condensation, puis les moisissures, et finalement dégrader l'isolant que l'on vient de poser. À l'inverse, l'eau de dureté modérée du réseau bordelais ne pose ici aucune contrainte particulière sur l'isolation.
S'ajoute le risque inondation : la Garonne place plusieurs secteurs (quais, Bastide, bas quartiers) en zone du PPRI, ce qui conditionne le traitement des planchers bas et des sous-sols, où le choix des matériaux doit intégrer la présence possible d'eau. En copropriété, fréquente à Bordeaux, une ITE de façade ne se décide jamais seul : elle modifie une partie commune et suppose un vote en assemblée générale, ce qui allonge le calendrier du projet. Côté budget, Bordeaux est en province : les tarifs y sont proches de la moyenne nationale, sans la majoration pratiquée en Île-de-France. C'est une bonne nouvelle pour les ménages, qui retrouvent des fourchettes de prix raisonnables tout en bénéficiant des mêmes aides nationales.